Tableau du XIX° figurant saint Exupère à Saint-Pierre de Blagnac

Exupère ou Spire, ami de saint Jérôme avec lequel il correspond, est considéré comme le cinquième évêque de Toulouse (vers 400-415). Fils d'un paysan du pays d'Arreau (65), il apparaît rapidement comme un évêque en relation avec les hommes d'Eglise importants de son époque. Il fut également l'initiateur du monachisme à Toulouse. (A la même époque, un saint Exupère est évêque de Bayeux. Plus tôt, à la fin du IIIe siècle en Suisse, à Agone dans le Valais, un autre saint Exupère est martyrisé en compagnie des saints Maurice et Candide.)

Devant l'afflux des pèlerins sur le lieu du martyre de saint Sernin, son prédécesseur saint Sylve avait fait construire la première basilique Saint-Sernin (qui correspond à la crypte supérieure de la basilique actuelle). En 402, il l'achève et la consacre pour y transférer les reliques de saint Saturnin. En 405, il chasse le prêtre hérétique Vigilance qui prêchait contre le culte des martyrs et leurs reliques, contre le jeûne, le célibat et la profession monacale. Il protège en 406 Toulouse des Vandales, porteurs de destruction et de famine. Saint Jérôme, qui lui dédia son commentaire sur le prophète Zacharie, soulignait ainsi sa charité lors de cette invasion : « Le saint évêque a faim tandis qu'il nourrit les autres. Son visage est marqué par les jeûnes, mais il est surtout torturé par la faim des autres. Il a tout donné aux pauvres qui sont les entrailles du Christ. »

Exupère quitte un temps Toulouse et retourne dans sa famille à Arreau. Il déclare aux Toulousains venus le chercher qu'on verra plutôt son bâton fleurir qu'on ne le verra retourner à Toulouse ! et aussitôt son bâton pastoral fleurit.

Aux dires de ses contemporains, il se montre « un vigoureux gardien de la foi et de la religion », n'hésitant pas à consulter le Pape Innocent Ier afin de connaître la position à adopter face aux problèmes de son temps.

Saints Sylve et Exupère sur un vitrail de la cathédrale de Toulouse

On lui doit la rédaction du martyre de saint Saturnin : la Passio Antiqua, et les débuts de l'expansion du culte saturnien vers le nord de la péninsule ibérique et l'ensemble de la Gaule chrétienne. Il se retire ensuite, pour vivre en ermite, dans la région toulousaine. Il meurt à Blagnac un 28 septembre vers 415 ; une partie de ses reliques a été donnée à l'église d'Arreau. Il est enterré dans la basilique Saint-Sernin.

Ce n'est qu'au début du XIVe siècle, dans le Speculum sanctorale ou Miroir des saints de Bernard Gui, Frère Prêcheur, Dominicain, évêque de Lodève, que l'on trouve la première vita de saint Exupère. Bernard Gui fait preuve de qualités d'historien tout autant que d'hagiographe. Il énumère les points forts de ce que sera la légende du saint que l'on trouve représentés sur une châsse reliquaire du XIIIe siècle, en cuivre émaillé, production des ateliers de Limoges : Exupère distribuant les aumônes à une femme symbolisant Toulouse, Exupère donnant aux envoyés de saint Ambroise le breuvage miraculeux, Exupère défendant contre les vandales la ville de Toulouse, et la mort de saint Exupère. Le verre donné à saint Ambroise est resté dans la basilique Saint-Sernin jusqu'à la Révolution.

Au XVIe siècle, la légende exupérienne s'enrichit d'épisodes peu vraisemblables, que ce soit dans le De Tolosanorum gestis de Nicolas Bertrand (1527) que dans l'Histoire Tolosaine d'Antoine Noguier (1556). En 1551, le Collège Saint-Exupère (situé à l'actuel n°56 rue du Taur, près de Saint-Sernin) est absorbé par le Collège de l'Esquile.

Au XVIIe siècle, les critiques des protestants provoquent une réaction qui s'appuie sur des faits scientifiques. Guillaume Catel dans ses Mémoires de l'Histoire du Languedoc analyse exclusivement des faits historiques et tente de donner de l'évêque une image plus véridique.

C'est en 1807, un an après sa restitution au culte, que la chapelle des Carmes déchaussés devient église paroissiale Saint-Exupère.

En 2007, le nom d'Exupère est encore donné à des bébés jusqu'en Allemagne ! Il est fêté le 28 septembre.

Noms de villes
ou villages
Eglises, monastères Noms de lieux
(19) St-Exupéry-les-Roches
(33) St-Exupéry

(12) Coupiac, église St-Exupère*
(14) Bayeux, ancienne église St-Exupère
(14) Trévières, église St-Exupère-en-Bessin
(31) Cintegabelle, église St-Exupère-de-Bazert
(31) Blagnac, Chapelle St-Exupère
(31) Montesquieu-Guittaut, église St-Exupère
(31) Toulouse, église St-Exupère
(65) Arreau, église St-Exupère

(31) Toulouse, école St-Exupère
(69) Lyon, aéroport St-Exupéry

(*) Notons l'évolution du vocable d'un lieu-dit du Vabrais, aujourd'hui sur la commune de Coupiac (12) :

Histoire du retour extraordinaire de la cloche de la chapelle Saint-Exupère à Blagnac (31), enlevée à la Révolution.

«  Parmi les objets enlevés ou dispersés se trouvait la cloche qui appelait les fidèles à la prière du haut du clocheton qui domine le toit de la chapelle.

Avec beaucoup d'autres, provenant de la ville de Toulouse et des environs, elle avait été embarquée sur la Garonne à destination de Bordeaux. Le patron de la barque qui faisait ce trajet sur les eaux du fleuve, alors navigable pour ces sortes d'embarcations, avait remarqué les dimensions de cette cloche, relativement petite, et il l'avait placée sur l'avant de sa barque, où par son tintement argentin, elle avertissait les riverains du passage du convoi. Grâce à cette destination et aux desseins de la providence, la cloche n'avait pas été débarquée à Bordeaux, et, tandis que les autres étaient brisées et fondues, elle avait toujours conservé son poste. Elle marquait les escales de cette navigation fluviale qui allait de Toulouse à Bordeaux et de Bordeaux à Toulouse.

Or, Blagnac est sur la rive de la Garonne, et cette proximité du fleuve qui avait été probablement à l'occasion du vol de la cloche, fut encore cause de sa rentrée au village abandonné. Saint Exupère veillait, à son tour, sur la gracieuse sentinelle qui avait gardé si longtemps sa chapelle.

Un jour que la barque venant de Bordeaux s'était arrêtée devant le petit port de Blagnac, les habitants reconnurent les tintements aimés de leur cloche perdue, et leurs souvenirs heureusement éveillés mirent dans leur cœur le désir de la posséder de nouveau.

C'était en 1803. Ils firent part de leur découverte et de leurs intentions à M.  l'abbé Samson*. Le digne curé se rendit aux vœux de la population et le sieur Caumont (Jean-Bernard), maçon de son état, fut délégué auprès du patron de la barque, afin d'obtenir, à quelque prix que ce fût, la rétrocession de la cloche désirée.

Dans ces conditions, le marché devenait facile  ; d'ailleurs les temps n'étaient plus aussi mauvais et le patron de la barque céda aux habitants de Blagnac la cloche qui leur appartenait  : "Prenez-la, leur dit cet homme, hâtez-vous, car je ne sais pas si à un prochain voyage vous l'entendriez encore. En vérité, je me demande comment elle n'a pas été brisée  ; vingt fois peut-être, j'ai levé mon marteau pour la mettre en pièces, tant le son de cette cloche m'est devenu importun."

Les réflexions de ce malheureux n'étaient-elles pas l'explosion d'un remords longtemps oontenu, ou bien le cri d'une conscience fatiguée d'entendre cette voix de la cloche volée qui se réclamait de son légitime propriétaire  ?

La cloche de saint Exupère reprit son ancienne place dans le campanille (sic) rebâti où, depuis ce jour, comme avant la tourmente révolutionnaire, elle fait entendre ses sons joyeux et protecteurs. On dit, dans le pays et aux environs, que les tintements de la cloche rejettent an loin les roulements discordants du tonnerre et les éclats saccadés de la foudre. Tant que la cloche a été mise en branle aux jours menaçants, l'orage a respecté nos moissons et, de l'autre côté du fleuve, les habitants de Lalande eux-mêmes sont presque rassurés lorsqu'ils entendent la cloche de saint Exupère. Comme à Blagnac, on dit  : "La cloche sonne, il ne grêlera pas."

(*) Curé de Blagnac de 1803 à 1844. Mourut à Blagnac, le 13 janvier de cette dernière année, à l'âge de 88 ans.

In Saint Exupère, évêque de Toulouse et patron de Blagnac, par M. P. Massot, Curé de la paroisse de Blagnac, au diocèse de Toulouse, pp. 71-73. Toulouse, Imprimerie catholique Saint-Cyprien, 27, allées de Garonne, 1887.